samedi 15 novembre 2008

"Un lieu incertain" de Fred Vargas


Je l'avais gardé pour un moment précieux, pour le savourer, pour ne pas en perdre une miette. Comme un trésor qu'on veut protéger. Il m'a finalement permis de vider mes neurones, de sortir de mon tourbillon, de remettre mes idées au clair. Quand je lis un roman de Fred Vargas, et que je le ferme, j'ai toujours l'impression d'être partie en vacances et de revenir, reposée, toute neuve. Pourquoi, j'ai du mal à le définir. Sans doute parce que, peu ou prou, je suis entraînée dans son histoire, dans ses échafaudages, dans les méandres de l'esprit de son héros (de l'un de ses héros), le commissaire Adamsberg. Rien n'y est facile. Tout y est précis, approfondi, recherché. Mais l'écriture rend l'ensemble plus qu'accessible.





Patricia fait une analyse plus fine que la mienne de l'esprit de Fred Vargas. Je ne saurais la suivre sur ce terrain-là. Je m'attacherai simplement à ce petit extrait, si significatif: plonger dans l'eau trouble et profonde et revenir à la surface, lavée et comme neuve.



Danglard vida rapidement la première coupe, détacha son regard du plafond pour regarder Adamsberg, mi-envieux, mi-désolé. Il arrivait qu'Adamsberg se concentre, se trasnforme en un attaquant dense et dangereux. C'était rare, mais il était alors possible de le contrer. Il offrait en revanche moins de prises quand sa matière mentale se disloquait en masses mouvantes, ce qui était le cas général. Et plus aucune quand cet état s'intensifiait jusqu'à la dispersion, comme en ce moment, aidé par le balancement du train qui abolissait les cohérences. Adamsberg semblait alors se dépalcer comme un plongeur, le corps et les pensées ondulant gracieusement sans objectif. Ses yeux suivaient le mouvement, prenant l'aspect des algues brunes, renvoyant à son interlocuteur une sensation de flou, de glissement ou d'inexistence. Accompagner Adamsberg en ses extrêmes, c'était rejoindre l'eau profonde, les poissons lents, les vases onctueuses, les méduses oscillantes, c'était voir des contours imprécis et des teintes troubles. L'accompagner trop longtemps, c'était risquer de s'endormir dans cette eau tiède et y couler. A ces moments spécialement aqueux, on ne pouvait pas argumenter avec lui, pas plus qu'avec de l'écume, de la mousse, des nuées.

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2 commentaires:

Patricia a dit…

Un bon portrait de JB. Adamsberg, en effet...

Gracianne a dit…

Je suis fan. A chaque fois que je tombe sur un de ses livres je le devore, d'un bout a l'autre, a toute vitesse. Trop vite, certainement.